Editorial Cap Digital

Avec cette lettre de veille #28, nous avons souhaité aborder la question des standards. Notre propos ne vise évidemment pas l’exhaustivité des standards utilisés dans les services numériques du périmètre de Cap Digital, plusieurs tomes n’y suffiraient pas. Notre questionnement trouve son origine dans l’observation des multiples mouvements de fragmentation / défragmentation, désintermédiation, agrégation dans des plateformes, APIsation, cloudification, etc ….L’impact de ces déstructurations/restructurations est constamment analysé du point de vue des modèles économiques et des jeux d’acteurs, plus rarement sous l’angle de la portabilité de l’information, de l’interfonctionnement des terminaux, de l’interopérabilité des applications, bref sous l’angle des standards.Pourtant, dès que l’entreprise s’engage dans des stratégies d’ouverture de ses données ou de ses API, dès qu’elle souhaite valoriser ses actifs, distribuer des contenus sur des plateformes hétérogènes, enrichir ses services par des métadonnées, etc … se pose la question des formats, langages, standards. Conscient des enjeux de compétitivité et de création de valeur qui s’attachent à ces choix de standards, Cap Digital s’est résolument engagé depuis quelques mois dans le soutien à la standardisation dans deux secteurs : celui de l’édition numérique (autour du format ePub), et celui de la représentation des données (en participant à la gouvernance de RDA – Research Data Alliance). Par ailleurs, la quasi-totalité de nos membres développent leurs technologies en relation avec les standards du Web et des médias. Ce sont donc les standards afférents à ces secteurs que nous abordons aujourd’hui, avec les éclairages et témoignages d’experts et d’industriels.

L’idée de créer des standards web a pris forme de manière concrète avec la fondation du W3C par Tim Berners-Lee en 1994. L’ambition de son concepteur était de créer un langage de description de documents au format ouvert, qui soit indépendant du logiciel de navigation utilisé. Le format HTML ne sert pas à décrire le rendu visuel des pages Web, mais plutôt le sens des différentes parties du texte, c’est la distinction du fond et de la forme. HTML est vite devenu le premier format de publication web. Auparavant, le moindre ajout de contenu sur un site web impliquait de coder plusieurs versions pour chaque page, de sorte à être compatible avec la variété des navigateurs de l’époque. Vint ensuite le CSS deux ans plus tard qui permis d’améliorer significativement la mise en page via la feuille de style. Aujourd’hui, les standards du W3C sont traduits dans 55 langues différentes et disposent de plus de 80 groupes de travail, ce qui fait du W3C une référence en matière de standards web. S’il est responsable de l’aboutissement de plus de 250 standards, ces derniers n’en sont pas exclusivement issus puisque d’autres organismes contribuent à l’élaboration et à leur diffusion (Internet Engineering Task Force avec HTTP/2, Institute of Electrical and Electronics Engineers…)

Pourquoi revenir sur ces éléments d’histoire ? Pour souligner l’engagement dans la durée des entreprises qui contribuent à l’élaboration des standards. Les processus de standardisation suivent une logique précise, impliquant la création de groupes de travail, de rédaction de spécifications, de test, qui peuvent prendre jusqu’à plusieurs années. Un standard est en effet composé de plusieurs documents. Une fois le standard « accepté », il s’agit de s’assurer de son utilisation auprès des principaux intéressés et de tester son interopérabilité, avec des structures ayant contribué à l’émergence du format, ou lors de « plugfests ». Quel retour sur investissement espérer en échange de cet engagement ? L’industriel le plus présent dans les consortiums, qui donne le plus de son temps dans les groupes de travail est-il aussi celui qui en retire les plus grands bénéfices ? Bien qu’il existe des régulations internes dans la majorité de ces consortiums pour empêcher les excès, les externalités de réseaux permises par le déploiement de standards conduisent les entreprises à se livrer une véritable bataille des standards. Les GAFA voient ainsi de plus en plus la standardisation de leurs protocoles et standards comme un aboutissement, eux qui s’ouvrent de plus en plus, en témoigne la récente prise en compte dans le navigateur Chrome du standard Push API permettant de délivrer des notifications pour des sites web souhaitant développer des applications HTML5. Ces enjeux se retrouvent également à un niveau plus macro, celui des Etats. L’Europe, par le biais d’organismes de normalisation comme ETSI (European Telecommunications Standards Initiative), l’European Standardisation System (ESS) ou des politiques incitatives, contribue à l’harmonisation des standards dans le but de fluidifier son marché intérieur. Les enjeux relatifs à l’adoption des standards sont nombreux : qu’il s’agisse d’accessibilité, de compatibilité, d’interactivité, d’immersion, de diffusion, ou encore de sécurité.

S’il est un domaine dans lequel il n’existe pas de standards encore largement adoptés, c’est bien celui de l’Internet des Objets. Que ce soit les protocoles réseau, modes de communication que sont le WiFi, Z-Wave et Insteon ou bien des systèmes d’exploitation open source, des consortiums aux intérêts divers ont vu le jour, comme l’Open Interconnect Consortium, mené par Samsung Electronics, Dell et Intel. Mais l’émergence de standards dans ce secteur stratégique est-elle souhaitable ? Des voix discordantes affirment que la bataille des standards pourrait nuire au déploiement de l’Internet des Objets voire même constituerait une barrière à l’innovation. Un consensus semble émerger néanmoins sur le protocole IP, considéré pour beaucoup comme le seul standard adapté pour l’Internet des Objets. Les standards sont intimement liés aux nouvelles technologies et donc en perpétuel mouvement pour supporter des contenus plus ambitieux ou pour permettre le développement de nouvelles applications. De nouveaux standards voient le jour, en écho aux avancées technologiques et à l’émergence de nouveaux usages, comme avec les objets connectés ou l’impression 3D. A ce propos, fin avril 2015, un nouveau format, interopérable, pour l’impression 3D, a été créé sous la houlette de Microsoft (dans un consortium composé d’Autodesk, Dassault Systèmes, HP…) : le 3MF (archive compressée s’appuyant sur du XML). Enfin, des pistes prometteuses sont à trouver dans le « site-as-a-service », avec les prémices d’un web personnalisable en fonction des habitudes, usages, zone géographique de l’individu, à l’image de ce que propose la startup Content Square. Vers un web adapté à chaque utilisateur ?

■ L’équipe de veille Cap Digital

Chiffres clés

Quelques défis

13%

des entreprises françaises ont développé des API (Roland Berger : 2014)

4000

recommandations en vigueur à l’Union Internationale des Télécommunications (UIT)

50%

des B2B se feront via des API en 2016 (Gartner : 2014)

  • Interopérabilité

  • Ouverture

  • Consortium

  • Accessibilité

  • International

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